Pour la première fois, une centaine de personnalités – astronaute, philosophe, biologiste, chef cuisinier, architecte, poète, pilote de ligne, astrophysicien, musicienne, mathématicien… – dévoilent leur moteur intime. La motivation qui les pousse à agir, créer, travailler, espérer, vivre au mieux chaque jour et donner du sens à leur existence.
Leurs réponses poétiques, amusantes, profondes, tragiques
ou ludiques sont autant de témoignages de vie.
Ces textes courts, illustrés par Hélène Crochemore,
offrent tout à la fois connivence, réconfort, plaisir et inspiration.
Encore entêtante, l’empreinte de la nuit ne s’efface que doucement à la lumière du jour : c’est troublé par le souvenir imprécis de l’une et la promesse de l’autre que je me lève. Tout commence par cette conjonction, liant ce qui pourrait être et ce qui sera... Et s’annonce l’élan de la rencontre à venir, à portée de main et du hasard !
Se lever le matin est la première façon d’exercer sa liberté. C’est l’ouverture vers tous les possibles, vers la lueur grandissante de la ligne l’horizon qui s’ouvre aux navigateurs de la vie.
Le singe sonne les matines,
L’ange croise les bras.
Le savant tire la langue,
L’éminence grimace.
Ne crains pas. Carpe diem.
Fondamentalement, on n’a aucune raison de se lever le matin. C’est la pulsion de vie qui nous fait nous lever. Je me lève pour les autres et parce que les autres me font vivre, pour cueillir le jour. Carpe diem.
Je me lève le matin pour rencontrer les autres, visiter d’autres lieux et pour chercher de nouvelles connaissances car c’est au coeur de mon métier de chercheur scientifique. Échanges humains, mouvement et curiosité sont de puissants stimulants quotidiens.
Et si, demain, nous nous attardions enfin à comprendre les liens fabuleux qui connectent chacun de nous aux immensités bleues ? Voilà ce qui me motive chaque jour. Car, si l’océan est une immense bibliothèque dans laquelle les livres représenteraient une profusion de solutions pour la survie des Hommes, seule une minime partie de ces ouvrages est lue.
Selon les périodes de ma vie, j’aurais eu des réponses différentes... Mais, actuellement, je dirais que dans ma dernière saison, si je me lève le matin, c’est en toute conscience et avec une légère prière de reconnaissance parce qu’il m’est accordé de participer au grand et mystérieux projet de l’univers... la providence m’ayant offert une petite place personnelle de serviteur.
En juillet 2010, mon ami Jean Botti recevait un doctorat Honoris Causa à l’université de Bath. J’étais dans un train qui traversait la campagne. Quand je suis arrivée à me connecter au réseau pour suivre la cérémonie retransmise en direct, Jean s’adressait aux étudiants. Il disait : « What is important in life is to know why you get up in the morning. If you know why, everything else will follow » (« Ce qui est important, c’est de savoir pour quoi vous vous levez le matin. Si vous savez pour quoi, le reste suivra »). Cette phrase m’a bouleversée. Je ne me souviens ni du reste du discours, dont j’ai pourtant capté quelques phrases, ni de l’endroit où ce train m’a conduite. L’idée de l’ouvrage Pour quoi vous levez-vous le matin ? a émergé à cet instant-là.
Peut-être nous levons-nous le matin pour exprimer une grande idée ; celle que l’on pressent guider nos pas, motiver nos choix, celle qui nous fait aller de l’avant. La grande idée dont nous cernons à peu près le contour sans jamais parvenir à le délimiter clairement. Sans énergie, cette idée-là – de même que les autres – reste enfouie. Elle puise sa force dans notre humanité, dans notre finitude. Aussi nous questionnons la nature, sa beauté, sa violence, sa fragilité et son obsession à créer la vie. Nous sommes en quête de sens, d’émerveillement, de rêves, de découvertes, d’aventures et de rencontres. Nous interrogeons l’amour, la passion, l’autre, parfois même nous les sauvons. Chacun donne le meilleur de soi, échange, partage, transmet, entre en scène dans un débat d’idées. L’espoir d’atteindre la perfection, le sommet, de toucher à la vérité nous propulse.
[...]
Je me lève pour saisir l’instant et projeter l’impossible, par instinct, par passion, pour créer, embellir, transmettre et grandir.
Cédric Villani · Jacques Arnould · Jean-Louis Israël · Monique Atlan · Jean Audouze · Nicholas Ayache · Jean-Paul Delahaye · Gérard Berry · Catherine Bréchignac · Alexandre Fleurentin · Edgardo D. Carosella · Thibault Damour · Jean Botti · Enki Bilal · Anne Cheng · Maxime Abolgassemi · Catherine Maunoury · Rémi Camus · Gérald Bronner · Laurent de Wilde · Mercedes Erra · Roger-Pol Droit · Étienne Klein · Yohann Thenaisie · Alexei Grinbaum · Marc Dugain · David Elbaz · Xavier Emmanuelli · Hervé Fischer · Marc Fontecave · Maud Fontenoy · Jean-Gabriel Ganascia · Claire Gibault · Pascal Pujol · Olivier Gechter · Anatole Lécuyer · Yves Gingras · Gabrielle Halpern · Hartmut Rosa · Marcel Hibert · Jean-Jacques Hublin · Patrick Iglesias-Zemmour · Marc Lachièze-Rey · Gilles Macagno · Virginie Martin · William Marx · Jean-Michel Othoniel · Patrick Pissis · Cyril Rigaud · Aldo Naouri · Emmanuelle Pouydebat · Frédéric Thomas · Adrien Rivierre · Thomas Sterner · Étienne Vernaz · Matthieu Ricard · Stuart Vyse · Sylvie Cafardy · Jean-Pierre Sauvage · Norbert Gautrin · Claire Mathieu · Jacques-Alain Miller · Jean- Philippe Uzan · Miroslav Radman · Geneviève Héry-Arnaud · Giancarlo Faini · Jean-Louis Étienne · Jean-Pierre Luminet · Guillaume Néry · Alain Bernard · Guillaume Lecointre · Brigitte Zanda · Gilles Pudlowski · Hervé Cottin · Raphaël Dallaporta · Alain Connes · Antoine Triller · Jean Gaumy · Gérard Feldzer · Maguelonne Chambon · Meredith Nash · Céline Fellag Ariouet · Jessica Serra · Audrey Dussutour · Pierre-Michel Menger · Michel Tognini · Jean-François Clervoy · Thomas Vinau · François Forget · Alexis Jenni · Philippe Charlier · Philippe Aghion
Enfin au lit que je n'aurais pas dû quitter ! ... Voilà une tirade qui semble à rebrousse poils du sujet et pourtant elle me vient spontanément à l'esprit à la fin d'une journée riche d'activités planifiées ou totalement fortuites. Mon chat se charge de me rappeler les premières dès le réveil et me laisse libre de faire naître les secondes. Voilà la potion magique ; se lever pour créer une espace de surprises !
Pourquoi je me lève le matin? Sans doute parce que c’est le seul vrai pied de nez que je puisse faire à la mort. Quand au dehors il y a le monde qui vibre, pas d’autre solution que de le rejoindre. En route, il y aura toujours une rencontre à faire, un sourire à échanger, une fleur à admirer, une page à découvrir, de la musique à écouter. Alors franchement, pourquoi rester au lit ?
Je répondrais que pour moi la vie est un immense bonheur, en particulier pour un humain (doué de conscience) et, à fortiori, quand il a été, comme moi, particulièrement comblé par la nature. Mériter un tel bonheur oblige, en contrepartie, à être à la hauteur et la notion d'éthique planétaire décrite par Hervé Fischer, que je fais mienne dans ma chair, s'inscrit pour moi chaque matin. J'ai pu le concrétiser professionnellement en m'épanouissant dans une carrière hospitalo-universitaire, basée sur la richesse des échanges autour de la santé, la recherche et le savoir. Maintenant retraitée, je suis heureuse de partager autant que possible ma vision optimiste de la vie grâce à cette expérience et à l'apport de la culture dont je n'avais pas pu autant profiter dans ma vie professionnelle.
Je me lève le matin pour dénoncer les injustices, les combattre. Je me lève le matin pour partager cette envie d'un monde plus juste. Je me lève le matin pour jouir d'une vie confortable et protégée, profiter de ce privilège et dénoncer la souffrance sur la planète. Je me lève le matin car je ne suis pas morte de faim, de froid, de maladie, de torture, de solitude, de soif, de pollution, d'un accouchement, d'alcoolisme, d'un viol, d'un bombardement, de violences physiques, d'une catastrophe naturelle... Je n'ai pas besoin de me lever le matin pour protéger ma vie, celle des miens, ou pour trouver de quoi survivre jusqu'au lendemain. Je me lève le matin pour que le monde aille mieux, et j'espère pouvoir y participer, même si peu.
Je me lève le matin pour rejoindre ceux qui sont déjà levés, pour poursuivre les projets entamés, pour transmettre ma connaissance et mon amour. Je me lève pour participer à la grande aventure de l’humanité, pouvoir m’émerveiller de ses progrès et m’indigner de ses errements. Je me lève parce que la terre tourne et que je dois la suivre.
Je me lève le matin en me disant que je mériterais de me coucher le soir seulement si j’ai fait avancer des choses dans la journée, tant au niveau professionnel que privé. Et si j’ai ri et fait rire !
Je me lève le matin pour profiter de la lumière du jour. Elle est pour moi source d’inspiration et d’énergie pour travailler.
Je me lève pour la même raison que les poules, parce que je suis en vie, pour retrouver la lumière, pour les couleurs, pour en découvrir le jeu du jour. Sombre ? Lumineux ? Éclatant ? Éteint ? Rebelle ? Docile ? Conventionnel ? Fantaisiste ? Maléfique ? Bienfaisant ? Pour le jeu de vivre, jeu de hasard, jeu de couleurs, couleurs de toutes façons magiques, infiniment magiques. Et puis, la nuit, sommeil, comme un languissant réveil...
Je me lève pour les baisers dans le cou, le chat qui boit son lait, noir sur fond blanc, le clapotis des vagues sur le rebord quand tout dort encore, la fée tapie sous la rosée, ma voisine qui chante fenêtre ouverte, les moineaux qui crient et se roulent dans la poussière, le regarder dormir les bras grands écartés, le goût unique du thé de sept heures, l’arbre aux oiseaux.
Je me lève pour attendre la nuit. C'est à ce moment-là que notre Terre nous relève l'immensité et la plénitude de notre espace.